« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement »
L’intelligence économique ne rentre malheureusement pas dans cette case là. Je me permets aujourd’hui d’introduire par ce billet la difficile et complexe représentation de ce qu’est la réalité de l’intelligence économique, sur le terrain j’entends. Certes en théorie, l’IE (des flux de données, d’informations et de décision) a fait l’objet de nombreuses modélisations, toutes s’appuyant sur les théories de l’information, du cycle du renseignement et de la gestion interne des connaissances. Mais elles sont loin de coller en pratique aux réalités de terrain. Chaque entreprise ayant sa propre histoire, l’IE relève plus de la culture que de la technicité voir même du management. Il va sans dire que c’est une « activité de synthèse qui vise la décision » et qui relève de multiples disciplines en très fortes interactions.
Enfin essayons tout de même de la définir en citant nos maitres. Voilà ce que j’introduis en première heure avec mes étudiants :
sachant qu’une culture inhérente de l’entreprise ou d’une organisation est absolument nécessaire
Le concept d’intelligence économique est fortement lié au milieu, au contexte à l’organisation, à son histoire. Il est donc polymorphe…. Mais en règle générale on peut dire que :
« Dans le monde concurrentiel actuel, si vous n’avez pas de bonnes informations, vous êtes balayé par ceux qui les ont »Alain Juillet
« Les faits ne cessent pas d’exister parce qu’on les ignore » Aldous Huxley
Alors qu’est ce que l’intelligence économique,
Définition 1 - RAPPORT MARTRE 1993 :
L’intelligence économique (IE) peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l’entreprise, dans les meilleures conditions de délais et de coûts.niveaux de décision de l’entreprise ou de la collectivité, pour élaborer et mettre en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l’atteinte des objectifs définis par l’entreprise dans le but d’améliorer sa position dans son environnement concurrentiel. Ces actions, au sein de l’entreprise, s’ordonnent autour d’un cycle ininterrompu, générateur d’une vision partagée des objectifs de l’entreprise.
Cette définition qui a été revu plusieurs fois a l’avantage de poser les décors et premiers concepts d’action : Recherche, Traitement, Distribution. On peut ajouter aisément en amont, l’analyse des besoins, donc la question « que cherche- t’on ? ». Avec le terme distribution apparait la notion de diffusion. N’apparaissait pas dans cette définition la notion de capitalisation, ni celle de connaissance. Dans patrimoine il faut aussi entendre l’actif immatériel. Et là je m’arrête pour entrer un peu plus dans le détail. L’actif immatériel représente aujourd’hui 60 à 70% de la valeur des entreprises. Lorsqu’il est désorganisé ou mal géré l’entreprise va mal :
- La valeur Information d’un produit pour son traitement global, dépasse dans beaucoup de cas la valeur même du produit
- La matière première est l’information, et la connaissance de son traitement n’est pas toujours acquise et partagée par les acteurs de l’organisme.
- Enfin la connaissance d’un processus de transformation ou d’un métier, n’est pas toujours capitalisée, partagée, et reste fragile.
Aussi on considère que dans les PME, 80% des connaissances ne sont pas formalisées, ce qui pose un grave problème de pérennisation du capital immatériel.
Il n’y a pas d’IE sans cadre stratégique et donc sans objectif de l’organisation. L’IE concerne tous les niveaux de l’entreprise, du décisionnel jusqu’à l’opérationnel. Il y a encore aujourd’hui une indécision en termes de gouvernance de l’IE et notamment dans le dispositif de veille stratégique: faut-il un service transversal (au même titre qu’il y a un monsieur qualité) ou doit –on diffuser la culture Veille ? Nous l’aborderons dans un autre billet.
Pour donner une idée de l’ampleur du domaine, voici repris chaque termes soulignés de cette première définition :
actions coordonnées : Somme d’individus, vision partagée, Pb Managérial, Process, procédures, Culture d’entreprise et Culture du dirigeant, Centralisée ou complexe
Recherche : Audit des besoins, Sélection des sources (numérique, tacite, info externe, interne…), Captage
Traitement : Fouille de données, Qualification, recoupement, Classification
Distribution : Mode, cible, stockage, à la bonne personne
l’information utile : Dans un champ de connaissances, KM : knowledge management, la connaissance interne, Permettre la décision, le bon moment
Acteurs économiques : organisations, entreprises, territoires…Décideurs
Protection : Vigilance, vulnérabilité, Sécurité des données et informations, pillage
Patrimoine : immatériel de l’organisme (60 à 70% de la valeur des entreprises)(ses connaissances, données, informations, processus, procédures, relations, réseaux, capital humain : compétences, modes opératoires ……….. ) L’information utile est celle dont ont besoin les différents
Définition 2 - Alain JUILLET 2004: « L’intelligence économique est un mode de gouvernance dont l’objet est la maîtrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité et la sécurité de l’économie et des entreprises. »
Apparait dans cette définition la notion de gouvernance (politique, stratégie, organisation, management, méthodes, processus…….) et les aspects offensifs (compétitivité) et défensifs (sécurité)
Définition 3 - DEFINITION SYSTEMIQUE :
L’intelligence économique peut être définie comme un ensemble d’outils, de méthodes de sources et d’individus utilisant l’information et la connaissance en tant que ressources permettant d’améliorer l’avantage compétitif d’une organisation.

……. Suite dans un prochain billet
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